Faut-il vraiment assassiner le Père Noël ?
Ils ont décidé de balancer le Père Noël. Dans leur quête obscène de la vérité absolue et du clic à tout prix, quelques "journalistes" ont estimé qu'il était d'une urgence capitale d'arracher son anonymat à Banksy.
Face à cette absurdité, je viens de créer cette image. Parce que la colère me prend et qu'il faut le dire haut et fort : je ne veux pas savoir qui est Banksy. Bon sang, ne peut-on donc plus avoir de belles choses dans ce monde ? Avons-nous à ce point perdu notre capacité à chérir le mystère, à laisser vivre la magie ?
Dans une époque numérisée où tout doit être étiqueté, tracé et monétisé, ce besoin maladif de tout désacraliser est terrifiant. Banksy n'est pas qu'un type avec une bombe de peinture. Il est une idée, une anomalie dans le système. Il est l'un des rares créateurs de notre temps à refuser de jouer le jeu nauséabond du business, à conserver une pureté d'intention, frappant là où ça fait mal sans jamais vendre son âme sur l'autel de la célébrité. Et c'est cet homme-là que l'on choisit de traquer et de jeter en pâture ?
Regardons autour de nous. Les dystopies de science-fiction que je chéris tant sont en train de devenir notre journal télévisé. La biosphère s'effondre et nous sommes, métaphoriquement – et peut-être même littéralement – à deux jours de la fin du monde. N'y a-t-il vraiment aucun secret d'État, aucune corruption systémique, aucun écocide sur lesquels ces prétendus enquêteurs pourraient braquer leur lumière crue ? Faut-il vraiment gaspiller des mois d'investigation pour détruire une légende urbaine pacifique, alors que de vrais criminels en col blanc détruisent notre futur en toute impunité ?
Dans ce vacarme perpétuel, l'art est notre dernier refuge. C'est l'ultime rempart contre la brutalité du réel, la seule force capable de panser nos plaies et, peut-être, de nous sauver de nous-mêmes. L'art n'a pas besoin de carte d'identité ni de numéro de sécurité sociale pour exister.
Laissez-nous nos artistes sans visage. Laissez-nous nos fantômes contestataires et nos contes de fées subversifs. Je ne veux pas savoir qui est Banksy. Je veux simplement savoir qu'il est là, quelque part dans l'ombre, pour nous rappeler que la résistance ne porte pas de nom.
